Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 21:23

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Patrick Demarchelier 

 

L'homme est une robe comme les autres. Je sais, là mes trésors à couettes, vous vous demandez ce que j'ai fait de mon mois de mai. Visiblement, me droguer sur une île aztèque. Que nenni. Je travaillais. Ah, ça vous en bouche un coin hein ?! Bon, je vous raconte un peu. Comme toute fille superficielle qui se respecte, j'ai des rêves grandioses, l'un de ceux-là (à part Johnny Depp m'apportant des croissants et mes magazines par un dimanche pluvieux) est né en 98, en même temps que les premiers épisodes de Sex&the City. Aller à New York. Pour ça, mon banquier n'étant pas sensible à mes avances multiples pourtant tentées avec beaucoup de conviction, lingerie Aubade et larmes dévalant mes joues, il faut bien trouver un moyen de sponsoriser le very good trip. J'ai pensé, vu mes origines, à être un disciple de Zahia, mais pas de silicone je me suis fait recaler par Ribéry. Heureusement que l'Afrique du Sud m'a vengé. Bref, tout ça pour vous dire, que maintenant, je vends des robes. C'est assez lucratif, et franchement drôle quand votre boss est une gay pride à lui tout seul. C'est donc dans mes journées très animées, à force de voir les femmes se battre avec des morceaux de tissus, que j'ai construit cette analogie dans ma petite tête. Laissez- moi vous expliquer ma nouvelle théorie ... 

 

Le choix

Il y'a deux types d'acheteuses. Celles qui entrent avec une idée parfaitement définie de la robe qu'elles désirent, critères élaborés depuis la maternelle à base de doses de K7 vidéos de Cendrillon en intraveineuse.Et, il y a celles, curieuses qui vont errer de portant en portant en s'arrêtant sur certaines pièces, encore hésitantes. 

Les premières sont hermétiques à tout conseil. Elles veulent la robe imaginée, parfois même dessinée, sans même savoir si elle lui ira une fois passée. Quand tu t'approches pour lui balancer ton fameux "est ce que je peux vous aider", elle bondit prête à te planter son talon dans la pupille. "Je cherche une robe noire, pas bustier, avec des manches comme ça, pas en soie j'aime pas, mi-mollets". Perplexe, vous avez envie de lui expliquer qu'avec des exigences aussi précises, elle aura beaucoup de mal à dénicher la perle rare, car dès le moment où l'on a établi un portrait robot de ce qu'on pense nous correspondre absolument sans jamais l'avoir rencontré, on se ferme à de bonnes surprises. Cette cliente-là dira non à tous les articles qui ne sont pas l’exacte incarnation de la version Robe du fameux "beau riche intelligent etc." et d'une moue dubitative quittera la boutique mécontente. Hélas pour elle, il y'a fort à parier que même en galopant de magasins en magasins, elle ne risque pas de débusquer sa robe idéale.

Les deuxièmes n'attendent que le coup de coeur. Elles touchent les pièces, les évaluent devant le miroir, les reposent puis reviennent. C'est là où moi joyeuse pile, j'interviens. C'est comme une rencontre, on ne sait pas ce que vaut la robe, mais on s'attarde, intriguées. Comme on ne sait pas exactement ce qui pourrait nous aller, on se laisse convaincre, avec évidemment au départ cette petite étincelle quand on voit la pièce pour la première fois. On aime bien, mais on est pas sûres, on a éliminé toutes les autres, ou presque, mais on attend d'essayer avant de brandir la CB en alertant toutes les copines sur notre trouvaille miraculeuse.

 

L'essayage

 

Tout se joue ici. Surtout si plusieurs robes sont en cabine. La vendeuse, c'est l'amie qui vous conseillera quand vous ne savez pas quelle robe-homme choisir. Dans laquelle je ressemble le moins à un boudin à la tombola PMU ? Laquelle me met en valeur? Laquelle correspond à mon style ? Laquelle je ne regretterai pas? Est elle trop chère pour moi? Est ce une folie? Et surtout vais-je la porter souvent, même dans deux ans? C'est l'inquiétude du long terme/occasionnel. Quand on achète une robe pour un mariage par exemple, c'est comme un mec d'un soir, c'est ponctuel, ça doit être parfait pour ce moment-là, peu importe pour la suite. En revanche, quand on recherche une robe qui nous accompagnera toute la saison, on a pas envie d'assassiner son salaire pour une pièce qui restera moisir dans un placard sordide. 

C'est le moment où la fille va se contorsionner devant le miroir, juger si la couleur lui illumine le teint, si la forme lui fait un corps de Shakira en plein fitness, si elle la rend belle en somme. 

Il y a l'hésitante, la peureuse. Elle n'est pas convaincue, elle adore la robe, mais elle n'est pas sûre que sur elle ça donne un résultat époustouflant. C'est la fille qui n'a pas une confiance en elle débordante, qui pensera que le mec est trop beau pour elle, trop bien ou je ne sais quelle autre ineptie. Elle va la repasser dix fois, demander trente avis, comparer avec cinq autres robes... Et repartir avec rien. 

L'impulsive. C'est le coup de foudre. Elle est déjà en train de trottiner vers son sac pour me balancer son porte-monnaie en hurlant un "je la prends mademoiselleeeeeeeee !!!!" , alors qu'elle n'a aperçu son reflet que trois secondes et demie entre deux portants et une poussette. C'est la serial-collectionneuse de robes, elle en a acheté dix la semaine dernière avec le même entrain. Espérons que celle-ci elle la gardera plus longtemps, et qu'elle saura reconnaître le vrai déclic parmi cette avalanche de crises cardiaques visuelles.

L'aveugle. La robe est une catastrophe surnaturelle de catégorie 3 sur elle. Mais elle ne le voit pas. Elle est sûre que si elle ne se nourrit que d'un raisin avarié tous les trois jours, elle finira par lui aller. C'est ce qui arrive quand on veut absolument correspondre à quelqu'un qui ne nous donne pas ce qu'on veut. On se convainc, on essaye par toutes sortes de subterfuges d'être parfaite pour lui sans s'inquiéter de son aptitude à nous satisfaire, nous. C'est la relation qui ne marchera pas, ou alors un temps, Optic 2000 proposant des lunettes by Karl L. y a des chances pour qu'on recouvre la vue quand même. Et cette robe restera l'erreur de shopping.

La sage. Sur le portant, elle a flashé. Sur elle c'est aussi seyant  qu’une robe Hervé Léger par BCBG sur Mariah Carey. Mais, lucide elle le reconnaît. Le coeur serré, elle reposera la robe. Et, toujours pleine d'espoir essaiera la suivante, peut-être moins évidente, mais ravissante sur elle. C'est la fille qui évaluera rapidement si cet homme qu'elle convoite peut la rendre heureuse, et qui aura l'intelligence de ne pas s'obstiner si elle constate le contraire.

 

Toutes mes copines me pressent de ranger mon dressing, de faire le tri, de jeter mes robes que je ne porte plus ou qui ne me vont pas. En boutique, je suis une cliente qui n'essaye pas, je ne cherche jamais rien de particulier, mais je fonctionne selon électrocardiogramme textile, j'ai un violent coup de coeur, j'achète sans réfléchir. J'essaye le jour où je décide de la porter. Ce qui explique que mes portants débordent de robes, certaines adorées mais mises qu'une fois, trop lassantes, d'autres chéries et liées à des souvenirs marquants que je conserve comme des bribes de vie sans forcément les remettre, d'autres encore qui ont été follement aimées, fétiches même. Il y'en une qui me suit depuis des années, que j'essaye de temps de temps devant le miroir sans franchir la porte de l'appartement. Je ne sors pas avec, je la garde pour moi. Toutes les autres sont des coups de foudre passagers, liées à une période en particulier où je les ai particulièrement aimées. L'homme est une robe comme les autres. Il ne s'agit pas de trouver la robe idéale, c'est irréaliste et je n'ai pas passé mes quinze dernières années à me passer en boucle tous les Disney. C’est plutôt l'histoire de la robe préférée. Pour l'instant, ayant un gros problème avec la restriction, je n'en ai pas. Les soldes pointant leur nez, peut-être vais-je encore me laisser tenter ... :)  

 

Par La So - Publié dans : Un Officieux de la Mode
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