Samedi 13 novembre 2010 6 13 /11 /Nov /2010 16:37

 

 

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Ma New-Yorkaise du mois

 

Hyper cliché comme titre mes jouvencelles. Je sais. Mais, tellement tentant :) ! Après un mois sur le territoire américain, je ne peux pas encore prétendre être une new-yorkaise.  Mais, quelques signes ne trompent pas. Je commence à me demander si je ne pourrais pas demander une Green Card exceptionnelle pour « intégration aussi rapide qu’un puceau sous ecstasy ». Va traduire ça en anglais. Moins drôle. Surtout qu’ici, c’est comme pour les first date, on rigole pas avec la virginité.

Anyways (vous avez vu ahaha), on sent qu’on est sur la voie de l’américanisation à outrance quand :

 

On trouve qu’un paquet de Camel Light à 10,29$ tax included c’est pas si cher. Et on s’en vante en plus, on s’empresse de clamer qu’on a déniché le plan de l’année. Jusqu’à ce qu’on apprenne qu’en fait elles sont à 6$ dans le New Jersey. Oui, mais de là à passer l’Hudson River y a des limites, trop « bridges and tunnels » sorry.

 

Recevoir un texto « Hey hun ! » et ne pas se demander ce que « hun » signifie (hypocrite uniquement nikable ?!) et même répondre « What’s up ?! » sans non plus croire qu’on s’enquiert de ce qui se passe à l’étage au-dessus.

 

On se délecte sans vergogne devant un épisode de SATC pendant une mani-pédi à 22$, tout ça avec un businessman en pleine conf call sur son Blackberry qui attend, sur le fauteuil d’à côté, que son vernis sèche. Normal.

 

On ne s’étonne même pas que son Nails Salon ferme à 2h du mat. Les coréennes ont un métabolisme différent visiblement. Même pas besoin de dormir.

 

On mange une slice absolument énormissime de Carrot Cake. Déjà, notons, qu’un cake à la carotte, ça devrait éveiller quelques réticences, même plus. Et la taille de la part, gargantuesque, qui, il y a quelques mois m’aurait fait bondir en gémissant quelque chose comme  « oh la la mes cuisses de Justin Bridou vont en prendre un coup mortel », me semble respectable. Les 729 calories, moins. 10 blocks à pied plus tard, on se sent moins coupable. Et s’en fout des calories (1 fois par mois faut pas abuser non plus).

 

On dit « Guys » à ses amies filles, on balance des « How are you doing ? » à des inconnus et surtout on est plus tenté de raconter ses états d’âme quand on nous demande poliment « How are doing today ? ». Voilà, le « Not so well, I had a nightmare last night so you know blablabla » n’effleure même pas notre langue. On répond la même chose, naturellement.

 

On ne bloque pas sur une phrase dans un article du Cosmo US  « When do guys view a relationship as serious ? The moment they realize they’re not sleeping with anyone else… and that they’re ok with it » . Il y a peu je me serai arraché les sourcils à la moissonneuse batteuse en lisant ça. Aujourd’hui, non. Je trouve ça presque sensé que la monogamie soit choisie délibérément, qu’elle ne soit pas une condition sine qua non car elle n’en devient que plus significative. C’est comme les taxes, c’est pas inclus. C’est la liberté à l’extrême, mais finalement quand tu t’impliques tu es sûr de ta décision, qui ne viendra que de toi. Comme les tips. I love America.

 

Ne plus s’inquiéter de la santé mentale de ses copines quand elles te questionnent sur ton « boyfriend ». « Did he put in a relationship on Facebook ? Because if he doesn’t it means that he is not involved at all ». Ici, Facebook, c’est plus qu’un réseau social ludique, ce n’est absolument pas une activité virtuelle séparée de ta vie réelle. Non, c’est prolongement à l’identique de ton quotidien. Donc, ton boyfriend il a plutôt intérêt à se mettre in a relationship avant que tu le remove de ta life pour cause de non facebook involvment (ça va bientôt devenir une cause de divorce cette histoire !) .

 

Lire des statuts Facebook relatant la vie dans les moindres détails de ces friends et ne pas leur envoyer un bon pour une consultation gratuite chez un jedéballemavie.com. L’un dit « I’m sorry I cheated on X (nom divulgué et tagué !), I will try to make it up to you…made a mistake, but you are the one », et là ça like ça commente, quelques heures plus tard on a le compte-rendu de la conversation téléphonique. C’est un soap-opéra en live. Et, sinon y a la version light. Update toutes les cinq minutes de la situation géographique, la tenue, ce qui s’est passé, qui on a vu. Confessions intimes à côté : une blague pour nourrisson.

 

Se voir scrutée d’un air dubitatif quand on achète des cigarettes. Et brandir machinalement maintenant son « ID », sans scandale. Entre les entrées en boîtes qui me foutent le trac comme quand je me faufilais illégalement à 14 ans dans les clubs, parce qu’on me soupçonne d’avoir une fake ID et d’avoir l’âge de jouer à la marelle, et mon ravitaillement en nicotine qui se transforme en inquisition, j’ai découvert le secret des actrices. C’est pas le botox. C’est l’avion. 8h dans les nuages et on me donne 17ans, pas une fois, TOUT LE TEMPS. Alors, imaginez la carte Flying Blue Gold que se tape la peau d’Angelina Jolie.

 

S’habituer aux compliments. Ici, je suis « gorgeous », « beautiful », « amazing », je comprends pas quelle transformation génétique on m’a fait subir pendant le voyage. À Paris, je suis … « petite ». Ou alors, « psst, mademoiselle t’es bien charmante », au mieux. J’ai appris que j’avais des « flying eyes miss » (alors, pour info ça ne veut pas dire que mes yeux partent dans tous les sens, je sais, moi aussi j’ai cru ça), et même droit au « perfect body, believe me ». Je believe, merci bien, je pense que vous êtes déglingués de la vision mais je believe I can fly (eyes). Et, je ne vous fais même pas part de l’inventivité des compliments de certains, alors que jusqu’à maintenant dans mon registre tenu à jour des remèdes pour ego défaillant l’award revenait à « garde tes rondeurs orientales » qu’un « ex-date » (vous avez vu comment j’apprends la différence !! Avant j’aurais cru que ça avait été une vraie relation, imbécile de guimauve que j’étais !!! ) m’avait servi un soir d’alcoolémie virulente.

 

Voir des gens courir dans toutes les directions, sur tous les trottoirs, faire des allers-retours, armés d’I-pod et suants comme des bœufs en pleine séance d’aérobic, un vendredi soir à 19h. Et même pas relever.

 

Ponctuer ses phrases de « anyways », « whatever », « awesome », claquer UNE bise, faire des mini-hugs pour dire bonjour, défier Barbara Streisand dans les aigus quand on s’exclame « I’m sooooo happy to seeeeee youuuuuuuu ! » .

 

Arrêter une fille dans la rue pour lui déclarer à quel point « I love your shoes ! » . Là où à Paris on te regarde en diagonale la haine à l’œil, prête à te découper en morceau pour Friskies, ici on admire à haute voix. On peut même hurler, ça passe. Et, on ne te demande même pas où tu les as achetées. Donc, t’es même pas obligée de mentir pour pas qu’elle ne coure se procurer  les mêmes. Ah, c’est jouissif la bienveillance fashion. 

 

Recevoir trois textos à la suite, du même expéditeur, sans avoir eu le temps de répondre. Forfait textos illimité est un terme pris très au sérieux ici. Appliqué et rentabilisé. Y a pas de marge de fierté, ou de temps de réponse légal. Non, non, le harcèlement SMSsien n’est pas un concept culturellement envisageable. Et, imiter. Sans scrupules.

 

Perdre son Français. Se surprendre à tenter des expressions approximatives qui seraient une inspiration pour Gad El Maleh. Ce qui donne, « je me suis attachée avec lui » , « faut pas pousser la ficelle », et autres remix syntaxiques dont je suis particulièrement honteuse. Maintenant, bizarrement, on me croit quand je dis que je viens du Maroc. Oui, en Afrique. Pas en Amérique du Sud. Non, pas colombienne. Ni russe. Et, le couscous, c’est pas du riz.

 

Regarder vers le haut, très très haut, et voir toutes ces lumières qui t’éclatent les pupilles et rester émerveillée. Sentir ce frémissement d’exaltation et de liberté quand on marche de block en block, dans le bourdonnement incessant de klaxons, de sirènes, entre la fumée qui s’échappe du sol, et le cortège de taxis jaunes qui dévale les avenues. Ne pas s’habituer à une chose. Être heureuse. Comment pourrait-il en être autrement entre Broadway et Fashion Avenue ? :)

 

 

 

Par La So - Publié dans : Des Post-HITS
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