Je suis née en hiver, mais je suis définitivement
une fille d’été. Pas très original me direz-vous, qui voue un amour aux doigts gelés, au ciel gris si près du sol que l’on croit que le goudron est son reflet, au vent qui ruine n’importe quelle
coiffure, à la pluie pleine de pollution qui annule tous les effets de mes masques crèmes aux pro rétinol B123445 ?? Faut être fabriqué dans une matrice inversée pour aimer l’hiver. C’est la
seule saison qui me fait haïr le célibat.
Quand il fait chaud on a toujours un truc à faire, avec des amis, à croire que leur nombre diminue autant que les degrés, en hiver tout le monde est fatigué, personne ne veut sortir, et
résultat, on finit par rêver d’avoir un compagnon de couette pour nous animer la soirée, plutôt que le plateau et le DVD.
En hiver mes factures de téléphone augmentent, je n’ai rien à raconter, les hommes hibernent, je crois, mais comme je m’ennuie, j’appelle. En hiver, mon tour de taille (et tous les autres tours
d’ailleurs) augmentent aussi, je fais des réserves.
Bon, tout ça pour faire une ovation à l’été, et aux vacances. Je n’aime pas les vacances, je déteste ne rien faire (lire un magazine dans un bain est une activité, je tiens à le préciser), donc
le principe me dérange. Mais ce qui me dérange moins, c’est l’impression grisante d’être une Darty Box déconnectée, plus d’Internet, plus de télé, plus de temps, juste celui du vécu, des livres,
des sorties, des surprises, des coups de soleil, et … Des coups de cœur. Parfois.
Parce qu’il faut que je m’explique, mon cœur fonctionne comme les fashion weeks, une accélération par saison, mais en revanche il boude les pré-coll. Après une observation de mon
électrocardiogramme depuis mes quinze ans, début de ma maturité sentimentale, il semblerait que je tombe amoureuse, une année sur deux en été, l’autre en hiver. Sans vous faire l’étalage de ma
mort affective qui se calque sur le moral de la bourse en 2009, mon automne hiver 08-09, pas l’ombre d’une chamade. Plat comme la poitrine de Keira. Sachant que l’an dernier, mon cœur a eu la
mauvaise idée de faire une overdose d’amphet en plein hiver, je conclus que c’est cet été que les problèmes vont (re) commencer.
Je suis prévoyante, je prépare un mail commun à mes copines pour qu’elles rejettent mes appels à partir d’octobre, puisque selon mes calculs basés sur une observation scientifique méticuleuse des
précédentes expériences, en octobre, la cause de mon affolement devrait avoir posé sa dem.
Et normalement, si tout se passe selon le schéma habituel, à partir d’octobre, je devrais donc, selon l’intensité, passer entre une semaine et six mois à asphyxier mes copines de détails, de
regrets, d’insultes, ou de phrases absolument honteuses sur le potentiel de cette relation avortée. Mon cœur a fait 68 avant tout le monde, il a légalisé l’avortement. Toutes mes histoires
importantes durent un peu moins d’une saison, mais les comprendre, accepter leur fin, oublier me prend en général beaucoup plus.
Donc, c’est en connaissance de ce danger imminent que j’ai préparé l’outil essentiel à des vacances réussies : ma
valise. Ok, je mens. Mes valises.
Toute fille un minimum nomade sait que passer une nuit hors de chez elle est déjà une
mission, produits de toilette, parfum, tenue de rechange, sous vêtements, rasoir en cas coming-out pileux qui bien sûr ne deviendra visible qu’arrivée à bon porC :), alors un mois et demi c’est
proche d’une campagne d’Alexandre Le Grand.
J’essaye d’être organisée. Première étape de la
croisade : repérer les pièces indispensables, les robes qui me font de longues jambes (donc les plus courtes !) , les jeans qui donnent à mes fesses une forme de pommes
transgéniques, les combis, les chemises d’homme, les robes longues, bref la première étape est une arnaque. Je ne sais pas choisir, déjà dans une boutique, je peux rester une heure à hésiter pour
finalement tout prendre, alors dans mon propre dressing … Je plie, je roule dans les coins, je m’assois sur le sac, je fais des bisous à la fermeture éclair. Presque soulagée, je découvre que
j’ai oublié un tas de choses indispensables empilées en forme de pyramide de Kheops juste à côté du sac miraculeusement clos.
Les tenues porte bonheur, et les tenues souvenirs.
Je ne suis ni fétichiste ni superstitieuse, mais j’ai une mémoire vestimentaire, je me souviens des moments en fonction des tenues que je porte. Ce qui explique que j’oublie certaines nuits où je
ne portais rien. Donc, dilemme, il faut sélectionner les talismans. Je sélectionne un autre sac que je remplis avec la même minutie accompagnée de quelques
incantations.
Mais, dans tout cela, l’essentiel n’y est toujours
pas.
Les maillots et les chaussures.
Les maillots, la base. Celle qui se trompe de
maillot, tue ses vacances. Oui, parce que pour danser les bras en l’air en remuant comme si on avait des vers dans les lombaires, en occultant les météorites qui ont échoué sur nos cuisses en
nous laissant de séduisants cratères où pourraient boire toutes les girafes du Kenya, et nos tétons qui dansent le boogie au moindre mouvement, vaut mieux être sûre de son maillot. Alors,
triangle, trikini, shorty, pin-up, ce que vous voulez, mais testez avant de déguerpir, parce qu’il n’y a bien que Gisele (et Jessica Alba) qui peut se dandiner avec une feuille de vigne D&G
et avoir l’air divine. J’ai essayé, j’ai l’air d’être une nudiste obèse en pleines vendanges.
Les chaussures. Là, pas de discussion, si je dois encore me planter de mec cet été, autant que je sois bien chaussée
pour mettre les pieds dans le plat. Et puis je n’y peux rien, je ne suis sûre de moi que si mes chaussures me plaisent. Mon sex-appeal imaginaire se cache dans 12cm. D’ailleurs, je ne parle pas
aux garçons en tongues, je me sens vulnérable. Pour s’envoler, je préfère avoir un peu d’avance. L’amour c’est bien le contraire d’avoir les pieds sur terre non ?
Devant mon placard, perplexe. Sur les 200 qui s’y
trouvent je ne m’en autorise que 10. Je suis très fière, j’appelle ma mère pour lui dire que sa thérapie de la frustration fonctionne, je commence à savoir renoncer et à choisir. Cette ingrate me
dit que 10 c’est encore trop. Offusquée, après un rapide calcul (bénit soit l’outil calculette de mon mobile !) , je me rends compte que ça fait une paire différente tous les 3 jours. Du
coup, j’en prends quinze ! Je préfère prévoir. Ça ne m’est jamais arrivé, mais peut-être que je verrais le garçon en question deux jours de
suite, vaut mieux le surprendre, et puis comme ça s’il se concentre sur mes pieds, ça lui évitera de remarquer les défauts corporels. C’est politique comme démarche, je détourne l’attention, je
fais comme Bush : quand c’est la merde chez toi, concentre tout le monde sur un autre truc et hop tu paraîtras parfait.
Ben, du coup j’ai trois sacs, pas encore pris les bijoux, les accessoires, le maquillage, la lingerie enfin la moitié des Galeries quoi. Heureusement, j’ai fait une liste, donc le « merde, j’ai oublié, je le savais que j’avais oublié un truc » ne me
poursuivra pas une fois l’avion en orgie dans les nuages.
Encore faut-il pouvoir décoller. Une fois les sacs bouclés, chargés dans la voiture avec l’aide de la moitié du
quartier et deux copines altruistes, les bouchons combattus, faut faire face au responsable de comptoir qui me regarde médusé.
-« 20 kilos Mademoiselle ».
Comprends pas, c’est qui cet insolent qui se permet d’évaluer le poids que je dois perdre ???
-« Quand même, je suis d’accord pour dix, vingt je risque d’être à l’hosto, vous croyez pas ? »
Deuxième regard interloqué. Je ne sais pas où ils font leurs études mais franchement niveau tact, même Anna Wintour et mon ancienne prof de danse qui m’a surnommé « Petit Boudin » en
ont plus.
-« Pas vous ! Les bagages !! »
-« Ah bon !!! Vous me rassurez ! Oui ils doivent faire vingt kilos ! »
Troisième regard proche de l’hypnose.
-« Mademoiselle, vos bagages dépassent largement le poids autorisé ! » .
Voilà, le 21ème siècle, ses normes dogmatiques, ses magazines qui prônent le poids plume, et ses conséquences. Même les bagages sont soumis à des mensurations idéales. Il faut qu’ils
pèsent vingt kilos, qu’ils rentrent dans un rectangle en fer sans qu’on ait à avoir recours à ma technique de rebondissement rétrécissant (tu bondis sur le sac plusieurs fois et tu le frappe,
slim fast du bagage !), qu’ils aient une étiquette et qu’ils ne contiennent rien d’interdit. Uniformisation dangereuse, Orwell avait raison !!!!
Je me lance dans un discours proche de celui de Castro, une larmichette, une petite allusion à mon banquier qui
plafonne ma carte, yeux de labrador abandonné, explication rationnelle de ma théorie des saisons cardiaques, rien n’y fait.
-«Faut payer Mademoiselle ».
Vous pensez bien que s’il n’était pas gay, j’aurais tenté un truc à même le tapis roulant, mais j’aurais pu lui faire effleurer la dentelle du Eres - je porte toujours de la belle lingerie quand
je prends l’avion en cas de catastrophe au moins ils ne penseront pas que je suis une fille négligée « ci gît l’inconnue crashée en La Perla », et dernièrement j’ai appris que la sage
maman d’une amie préconisait toujours l’ensemble en cas d’hospitalisation, je savais que j’étais pleine de bon sens !!! - ça ne m’aurait pas
exonéré d’excédent à allonger.
Aucune solution, carte bloquée, chéquier essouflé, je me vois déjà me prostituer sur la A-je sais pas quoi direction St
Denis Charles De Gaulle Lille, quand mon messie personnel arrive. En uniforme, et pas un pompier (c’est pas le 14 juillet tous les jours !). Un agent de la compagnie me propose de fermer les
yeux sur ma surcharge pondérale à roulettes si je prends le vol suivant, le mien étant surbooké. Flairant l’arnaque qu’ont subi les passagers de mon vol qui ont payé un billet dans le vent, me
voyant presque plaider au tribunal du commerce dans une robe d’avocate Nina Ricci, j’hésite. 6 heures à tourner dans un terminal, sans CB c’est insoutenable. Mais 6 semaines à errer à
Paris c’est pire. J’accepte. Comme il est très gentil, j’ai même droit à un bon de rafraîchissement, de quoi m’injecter ma dose de coca light quotidienne avant que je ne commette un meurtre en
coupant le bras de n’importe quel détenteur de ma substance indispensable.
Un Marie-Claire, un Biba, un Vogue, un Air France Madame, un supplément Astro de l’été dérobé à un Marie-France
nonchalamment posé sur le siège d’à côté plus tard, je suis installée dans l’avion.Mes exces(dents) et moi, parés à toutes les éventualités.
Bonnes vacances à tous, si je survis au vol, peut-être survivrais-je au crash cardiaque que je pressens. (D'après
le guide Astro, un vierge,bélier ou poisson vont avoir raison de mon âme sensible aux UVAmoureux...A vérifier !)
Ceux qui restent, tenez bon, l’hiver arrive, vous
irez skier pendant que je patinerai sur mes futures larmes intérieures surgelées après cet été.